
Report du départ des délégations américaine et iranienne pour la Suisse suite aux frappes au Liban
La délégation iranienne a suspendu son déplacement vers la Suisse, où devaient se tenir vendredi 19 juin les premières négociations d'application du mémorandum d'accord conclu entre Washington et Téhéran. Motif avancé par Téhéran : la poursuite des opérations militaires de Tsahal dans le sud du Liban, présentées par l'Iran comme une violation directe du texte signé deux jours plus tôt.
Le mémorandum a été signé le 17 juin 2026. Selon CNN, Donald Trump a apposé sa signature sur un exemplaire papier depuis Versailles, avant que les États-Unis n'en transmettent une photographie à la partie iranienne. Le président Masoud Pezeshkian a signé de son côté un document rédigé en farsi, d'après des photos publiées par l'agence officielle IRNA. Le texte prévoit une période de cessez-le-feu de 60 jours. Les négociations d'application devaient débuter au complexe de Burgenstock, en Suisse, avec le Qatar et le Pakistan comme médiateurs.
Pourquoi la délégation iranienne a-t-elle suspendu son départ pour la Suisse ?
Téhéran affirme que les frappes israéliennes dans le sud du Liban contreviennent au premier article du mémorandum. Selon Iran International, qui cite une source informée, la délégation se préparait à rejoindre Burgenstock pour le premier cycle de négociations lorsqu'elle a décidé de suspendre son départ. L'Iran aurait informé Washington et les médiateurs que le dossier libanais était central pour la poursuite ou la suspension du processus.
Iran International rapporte que Téhéran a averti que les opérations israéliennes conduites jusqu'à 10 kilomètres à l'intérieur du territoire libanais constituaient «une violation flagrante du premier article du mémorandum et du cadre d'accord». Le président du Parlement iranien et négociateur clé Mohammad Bagher Ghalibaf avait prévenu, selon CNN : «si les États-Unis n'honorent pas leurs engagements, il n'y a aucune chance que l'Iran honore les siens.»
Les médias d'État libanais ont rapporté, selon l'AFP, que des frappes israéliennes ont tué trois personnes dans le sud du Liban le 18 juin. Un drone a ciblé un véhicule dans la région de Kfar Tebnit, tuant deux personnes, d'après l'Agence nationale d'information libanaise. Ce même jour, des blindés de Tsahal poursuivaient leurs opérations au sol dans le secteur de Wadi al-Hujeir, selon AP News. Israël n'a pas commenté publiquement la suspension du départ iranien.
Quelles sont les conséquences immédiates sur le processus de négociation ?
La suspension du déplacement iranien remet en cause le calendrier des premières négociations d'application, prévues dès vendredi à Burgenstock. Le chef de l'AIEA Rafael Grossi, présent à Genève, a déclaré qu'il revenait aux parties de «s'asseoir avec nos collègues américains, nos collègues iraniens, et de commencer à formuler les étapes concrètes qui devront être prises.» Le Ministère suisse des Affaires étrangères avait confirmé jeudi que ces «négociations initiales» étaient toujours prévues pour vendredi.
Du côté américain, le CENTCOM a annoncé avoir levé le 18 juin le blocus sur l'ensemble du trafic maritime à destination et en provenance des ports iraniens, «conformément aux directives du président». Des navires de guerre américains restent déployés dans la région pour veiller au respect de l'accord. Le vice-président JD Vance a indiqué que 12,5 millions de barils de pétrole avaient transité par le détroit d'Ormuz depuis la signature du mémorandum, et que la période de cessez-le-feu de 60 jours prenait effet «aujourd'hui».
L'accord suscite des frictions au sein du camp républicain américain. Selon CNN, des parlementaires du parti estiment que le texte est «loin de la victoire décisive promise» et pourrait «laisser Téhéran plus riche, plus fort, et toujours capable de menacer la région». Ces critiques reprennent les arguments mobilisés contre l'accord nucléaire de 2015.
Le Pakistan a annulé le déplacement de son Premier ministre Shehbaz Sharif en Suisse. Son porte-parole a déclaré à l'AFP que la visite était «reportée» car le mémorandum avait déjà été «signé électroniquement, est entré en vigueur et est maintenant en cours d'application». Islamabad a précisé soutenir «la prochaine phase» des négociations techniques.


