
Les États-Unis et l'Arabie saoudite signent un accord nucléaire excluant la normalisation avec Israël
Les États-Unis et l'Arabie saoudite ont officialisé mercredi la signature d'un accord de coopération nucléaire civile d'une durée de 30 ans, après des années de négociations. L'accord, approuvé en fin de semaine dernière par Donald Trump et signé par le secrétaire à l'Énergie Chris Wright, autorise des entreprises américaines à construire l'infrastructure nucléaire saoudienne, ouvre une voie conditionnelle à l'enrichissement d'uranium sur le sol du royaume, et intervient sans aucune exigence de normalisation avec Israël. C'est ce dernier point qui transforme la donne géopolitique régionale.
Ce que l'accord change et ce qu'il efface
Pendant des années, Washington avait lié toute coopération nucléaire civile avec Riyad à une reconnaissance diplomatique saoudienne d'Israël. Sous l'administration Biden, les deux dossiers formaient un paquet unique : le nucléaire servait de levier pour pousser l'Arabie saoudite vers les Accords d'Abraham. Cette architecture s'est fracturée avec le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, puis les négociations de normalisation se sont définitivement enlisées.
Le retrait de la condition de normalisation par l'administration Trump constitue donc une rupture formelle avec la doctrine de ses prédécesseurs. Selon Ynet News, un projet d'accord était finalisé dès octobre 2025, mais sa signature avait été repoussée en raison de la guerre contre l'Iran et des craintes d'opposition au Congrès. La décision finale de Trump est intervenue la semaine dernière.
Pour Riyad, le gain est double : accéder à la technologie nucléaire américaine sans avoir à concéder quoi que ce soit sur la question palestinienne, et renforcer son autonomie énergétique sur trois décennies. Yoav Guzansky, de l'Institut pour les études de sécurité nationale, cité par le New York Times, estime que les États arabes sont peu susceptibles d'envisager de nouveaux pas vers les Accords d'Abraham « avant les élections en Israël et avant de voir ce que donnera l'accord avec l'Iran ».
Un accord sans le « standard or » : la prolifération en question
L'accord ne soumet pas l'Arabie saoudite au Protocole additionnel de l'Agence internationale de l'énergie atomique, le régime de vérification le plus strict, dit « standard or ». Les Émirats arabes unis l'avaient accepté en 2009. Riyad a longtemps refusé ce protocole, redoutant que des inspecteurs puissent théoriquement accéder à La Mecque ou aux palais royaux. L'accord retenu prévoit un mécanisme bilatéral de garanties s'inspirant du modèle de l'AIEA, mais expurgé des clauses jugées inacceptables par le royaume ; le Conseil des gouverneurs de l'AIEA devra en ratifier les termes.
Sur l'enrichissement, la formule retenue est conditionnelle : une équipe mixte américano-saoudienne conduira sur deux ans une étude de faisabilité pour déterminer si une installation d'enrichissement sur le sol saoudien est économiquement justifiée. Si elle l'est, les Américains construiraient le site sans transférer la technologie sensible au royaume.
C'est précisément cette clause qui concentre les critiques. Robert Einhorn, ancien haut responsable du Département d'État spécialisé dans la non-prolifération, a déclaré au Wall Street Journal que l'accord « pourrait contribuer à revitaliser l'industrie nucléaire américaine, renforcer les liens américano-saoudiens et écarter la Russie et la Chine d'un rôle stratégiquement important dans le programme nucléaire saoudien », avant d'avertir que, « à moins qu'il ne contienne des contraintes adéquates, notamment sur l'enrichissement, il pourrait accroître les risques de prolifération nucléaire au Moyen-Orient et au-delà ».
Michael Horowitz, analyste géopolitique cité par Yahoo News, va plus loin : « Si Riyad avait simplement voulu un soutien américain pour un programme civil, il l'aurait obtenu depuis des années. En d'autres termes, l'objectif est d'obtenir un accord américain qui n'exclut pas totalement une voie vers un programme nucléaire. »
La tension avec la ligne américaine sur l'Iran n'échappe à personne. Washington exige de Téhéran un enrichissement « zéro », tout en accordant à Riyad une voie vers l'enrichissement domestique. Le Times of India relève que cette asymétrie « risque de saper la crédibilité américaine en matière de non-prolifération ».
La position d'Israël, entre isolement et marges de manœuvre
Israël s'est longtemps opposé à tout accès saoudien à la technologie nucléaire. Selon Newsweek, des responsables israéliens, actuels et anciens, avaient averti l'an dernier qu'un tel accord pourrait déclencher une course aux armements régionale. Ariel Levite, expert cité par Newsweek, résume la position de Jérusalem : « C'était quelque chose que le gouvernement actuel en Israël était prêt à envisager dans le contexte de la normalisation. Maintenant, il n'y a pas de normalisation, c'est le premier point. »
Ynet News rapporte que le prince héritier Mohammed ben Salmane aurait été disposé, pendant la guerre contre l'Iran, à s'engager dans un cadre comprenant une normalisation complète avec Israël, un cessez-le-feu, le retour de tous les otages et le déploiement de troupes saoudiennes à Gaza, en échange d'un engagement israélien crédible vers un État palestinien dans un délai de 5 à 7 ans. Netanyahou aurait refusé, manquant selon cette analyse une occasion historique.
Une analyse publiée par Ynet News suggère que la priorité pour Jérusalem ne devrait pas être de s'opposer à l'influence saoudienne croissante, mais de « soutenir son intégration dans le cadre d'un paquet global plus large » et de « ramener l'accord nucléaire à la table de négociation régionale pour le relier à nouveau à des initiatives comme le corridor IMEC et à la normalisation avec Israël ».
L'accord sera soumis au Congrès américain pour examen. Selon le Wall Street Journal, les élus auraient besoin d'une résolution conjointe et d'une majorité des deux tiers pour passer outre un éventuel veto de Trump, ce qui rend son blocage difficile.


