
Le président élu Abelardo de la Espriella promet de renouer les liens entre la Colombie et Israël
La rupture Petro : une rupture totale, du symbolique à l'économique
Sous Gustavo Petro, la Colombie est passée d'alliée à adversaire déclarée d'Israël. La rupture diplomatique s'est doublée d'un embargo énergétique : en juillet 2025, Petro a ordonné à sa marine de bloquer toute livraison de charbon à Israël. Selon Middle East Eye, un navire charbonnier avait réussi à quitter le port de Puerto Drummond quelques heures avant l'ordre, profitant d'un vide juridique dans un décret antérieur de 2024 qui autorisait les multinationales minières à honorer leurs contrats existants.
Cet embargo a fait de la Colombie un cas à part en Amérique latine : ni le Brésil ni l'Afrique du Sud, pourtant engagés dans des démarches similaires, n'ont franchi le même pas sur les exportations d'énergie. La rupture colombienne portait donc une dimension symbolique forte, au-delà de son impact matériel.
La portée de ce retournement est d'autant plus significative que la Colombie occupait, avant Petro, une place centrale dans la coopération sécuritaire avec Israël. Selon la politologue Mathilde Allain, de l'université Sorbonne Nouvelle, citée par Jacobin, « la Colombie était le deuxième destinataire de l'aide militaire américaine après Israël » : un rang qui illustre l'ampleur de la relation bilatérale avant sa suspension.
Ce que le retour de de la Espriella change concrètement
De la Espriella a obtenu 43,7 % des voix dès le premier tour, selon Middle East Eye, avant de l'emporter au second. Son programme est explicite : rétablissement des liens diplomatiques avec Israël, ouverture d'une ambassade à Jérusalem, reprise de la coopération militaire. L'Atlas Institute for International Affairs note que ce rétablissement s'inscrit dans une logique sécuritaire précise : renforcer la position de Bogotá face aux groupes armés non étatiques qui déstabilisent le pays, en combinant coopération avec Washington et coopération avec Jérusalem.
Le candidat a également mis en avant ses liens avec des cercles politiques proches de l'administration Trump. Dans un entretien à CNN, il s'est dit « confiant de pouvoir restaurer pleinement les relations diplomatiques avec les États-Unis pour affronter conjointement la crise sécuritaire colombienne ». La réintégration d'Israël dans ce dispositif relève de la même logique : il s'agit de reconstituer un bloc de coopération contre-insurrectionnelle que Petro avait délibérément démantelé.
Sur le dossier de Jérusalem, la promesse d'ambassade dépasse le simple retour au statu quo ante : la Colombie sous Petro ne disposait pas d'ambassade dans la capitale israélienne. Y ouvrir une représentation constituerait une avancée inédite, pas seulement un rétablissement.
Un réalignement régional aux effets domino
L'élection de de la Espriella s'inscrit dans un mouvement plus large de droitisation de l'Amérique latine. L'Atlas Institute relève qu'il devrait se rapprocher de Javier Milei en Argentine et de Nayib Bukele au Salvador, deux dirigeants qui ont eux-mêmes affiché des positions pro-israéliennes marquées. Ce bloc informel dessine une ligne de fracture régionale entre les gouvernements qui ont rompu ou tendu leurs relations avec Israël sous l'influence de Petro et Lula, et ceux qui choisissent le réalignement atlantiste.
Pour Brasília, la victoire du « Tigre » est une mauvaise nouvelle : selon l'Atlas Institute, « une Colombie de droite approfondirait la présence américaine dans la région, au grand dam du président brésilien Lula ». Le Brésil avait soutenu, lors du sommet du Groupe de La Haye en juillet 2025, la suspension des exportations d'armes vers Israël et le retrait de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA.
La politologue Sandra Borda, de l'Université des Andes, offre une lecture de fond sur le contexte électoral colombien : « Plus que de la polarisation, ce que nous observons, c'est un élargissement du paysage politique. Le processus de paix a ouvert beaucoup de terrain à la gauche. Dans la même mesure, il a inévitablement ouvert du terrain à la droite. » Cette lecture, attribuée à CNN, suggère que le virage de de la Espriella n'est pas une anomalie, mais le produit d'un rééquilibrage structurel de la scène politique colombienne après quatre ans d'expérience Petro.


