
Le ministre Yariv Levin appelle à ignorer une décision de la Cour Suprême
Michael Rabello, élu contrôleur de l'État par la Knesset avec 61 voix contre 57, a refusé d'entrer en fonctions malgré l'appel du ministre de la Justice Yariv Levin à ignorer la décision de la Cour suprême ordonnant un nouveau scrutin. Ce refus, communiqué à la coalition dès la semaine dernière, complique une stratégie de confrontation que certains responsables du Likoud affichaient publiquement, et met en lumière les fractures internes d'une majorité déjà fragilisée par une crise constitutionnelle sans précédent.
Rabello, frein inattendu à l'escalade
Levin a été catégorique sur les ondes de la radio ultra-orthodoxe Kol Barama : « Un nouveau scrutin pour le contrôleur de l'État ne peut avoir lieu. L'avocat Rabello doit simplement entrer en fonction. » Boaz Bismuth (président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense) avait abondé dans ce sens après la décision de la Haute Cour, laissant entendre que la coalition pourrait ne pas s'y conformer.
Mais Rabello lui-même n'en veut pas. Il a informé la coalition la semaine dernière qu'il refusait de prendre le poste au vu du jugement de la Cour suprême. Selon Ynetnews, Netanyahou pencherait en réalité pour la tenue d'un nouveau vote, estimant que les chances d'obtenir la nomination de Rabello restent meilleures avant les prochaines élections législatives qu'après. La stratégie envisagée : présenter Rabello comme celui qui souhaite se conformer au jugement, permettant ainsi à la coalition de changer de cap sans avoir l'air de reculer.
Ce scénario révèle une division concrète : Levin plaide publiquement pour la défiance, Rabello refuse d'en être l'instrument, et Netanyahou cherche une sortie qui préserve l'objectif sans le coût politique d'une confrontation directe avec la juridiction suprême.
Les primaires du Likoud, moteur caché des déclarations fracassantes
La posture de Levin ne se lit pas uniquement à travers le prisme de la crise constitutionnelle. Comme le relèvent des observateurs, Levin et Amir Ohana convoitent tous deux la tête du Likoud lors des prochaines primaires internes, et cette compétition passe par une surenchère de fermeté à l'égard du système judiciaire. Appeler à défier la Cour suprême coûte peu à un ministre qui n'est pas celui qui devra assumer les conséquences pratiques du bras de fer.
Selon Reuters, les élections sont attendues d'ici fin octobre, sans date précise fixée, et des sondages indiquent que la coalition de Netanyahou perdrait le scrutin. Dans ce contexte, le judaïsme et la justice sont des « hot-button issues » pour la base du Likoud. Tehilla Shwartz Altshuler (experte en politiques des médias et des technologies à l'Institut pour la démocratie en Israël) estime que la résistance du gouvernement aux décisions de la Cour traduit aussi une volonté d'élargir le contrôle sur les marchés des médias et des communications.
Une crise qui s'étend au-delà du contrôleur de l'État
L'affaire Rabello ne surgit pas dans le vide. Le gouvernement a voté à l'unanimité, en juin, pour rejeter une ordonnance de la Haute Cour concernant le régulateur des médias audiovisuels, la Deuxième Autorité pour la télévision et la radio. C'est la première fois qu'un gouvernement israélien refusait formellement de se conformer à une décision de la Cour suprême.
L'ancienne directrice adjointe du parquet général Dina Zilber a qualifié ce vote de « coup sévère porté à l'état de droit et à la séparation des pouvoirs ». Tous les anciens présidents de la Cour suprême encore en vie ont condamné cette décision dans une déclaration commune, avertissant qu'elle conduirait à « l'anarchie et à la concentration de tous les pouvoirs de l'État entre les mains d'un seul organe ».
L'ancien directeur adjoint du parquet Erez Kaminitz a été encore plus direct sur Ynet : « Durant mon mandat, j'ai servi sous trois ministres de la Justice différents. Je ne me souviens d'aucun qui ait dit que nous n'appliquerions pas une décision de la Cour suprême. C'est la destruction du principe de séparation des pouvoirs, de la démocratie. » Interrogé sur la possibilité que des résultats électoraux ne soient pas acceptés, il a répondu : « Je ne sais pas. Il y a beaucoup de ministres qui tentent d'utiliser les ressources publiques pour s'avancer eux-mêmes. »
Le secrétaire du cabinet Yossi Fuchs avait tenté de minimiser les déclarations de Levin et Karhi, affirmant que le gouvernement n'avait pas appelé à la désobéissance mais à l'usage de « tous les moyens légaux » pour annuler l'ordonnance.


