
Le Hamas annonce la dissolution de son gouvernement civil dans la bande de Gaza
Le Hamas a annoncé lundi 6 juillet 2026 la dissolution du comité qui administrait la bande de Gaza depuis près de deux décennies, ouvrant la voie à une administration technocratique palestinienne. Derrière ce geste, présenté comme une concession politique majeure, subsiste le nœud gordien qui bloque la mise en œuvre du cessez-le-feu depuis des mois : le désarmement du mouvement islamiste.
Ce que la dissolution change concrètement
Mohammed al-Farra, chef du comité d'urgence du Hamas, a officiellement remis sa démission lundi. Le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), dirigé par le technocrate palestinien Ali Shaath, est désigné pour prendre le relais. Selon Asharq Al-Awsat, le Hamas a informé les autres factions palestiniennes de cette décision lors d'une réunion récente au Caire, où elles ont « salué la décision du Hamas, la décrivant comme un pas sérieux vers la prise de fonction du Comité national ».
Le Hamas précise que ses agents techniques et professionnels resteront en poste pour assurer la continuité des services aux civils. Le NCAG existait depuis environ six mois, mais n'avait jamais pu entrer dans le territoire en raison des objections israéliennes. Sa mission effective reste donc suspendue à un accord entre Jérusalem et les médiateurs.
Cette dissolution s'inscrit dans le cadre du plan de paix négocié par Donald Trump, qui avait conduit au cessez-le-feu d'octobre 2025 et établi le Conseil de la paix (Board of Peace). Le NCAG est une création directe de ce conseil. Ismail al-Thawabta, responsable du bureau médiatique du Hamas, a confirmé que « toutes les étapes administratives nécessaires au transfert d'autorité ont été accomplies ».
Le verrou du désarmement, obstacle central à la phase deux
La dissolution du gouvernement civil est un geste politique. Mais la question qui bloque réellement la mise en œuvre du cessez-le-feu est militaire. La transition vers la deuxième phase de l'accord, qui devait impliquer le désarmement du Hamas et un retrait progressif de Tsahal, est au point mort depuis plusieurs mois. Les forces israéliennes ont étendu leur présence et contrôlent désormais environ 70 % du territoire gazaoui.
Le rapport biannuel du Conseil de la paix, soumis le 15 mai, désignait le refus du Hamas de décommissionner ses armes comme « l'obstacle principal à la mise en œuvre du Plan global ». Le Hamas, de son côté, conditionne tout abandon d'armes à un retrait israélien complet des zones encore sous contrôle de Tsahal. Le mouvement soutient un processus graduel de placement des armes sous l'autorité d'un organe palestinien, sans désarmement unilatéral.
Les négociations en cours au Caire se concentrent sur la huitième clause de la feuille de route, relative à l'avenir des armes à Gaza. Selon The Media Line, plusieurs points de désaccord ont déjà été résolus avec les médiateurs égyptien, qatari et turc. Un nouveau round de discussions réunissant les factions palestiniennes devait s'ouvrir à Cairo dans les 48 heures suivant l'annonce. Nickolay Mladenov, représentant du Conseil de la paix pour Gaza, est arrivé en Égypte pour y participer aux côtés de responsables américains.
Une proposition de réhabilitation d'environ 10 000 policiers liés au Hamas pour maintenir l'ordre dans l'enclave a également circulé parmi les médiateurs, selon The National. Elle témoigne de la complexité sécuritaire concrète : même dans un scénario de transition civile, les personnels formés par le Hamas demeureraient les seuls disponibles à court terme.
Ce que la position israélienne et le cadre Trump rendent possible ou non
Israël exclut tout retour du Hamas au pouvoir. Mais Israël refuse aussi, à ce stade, une prise en main directe par l'Autorité palestinienne basée à Ramallah. Cette double exclusion crée la fenêtre dans laquelle le NCAG, structure technocratique sans légitimité électorale propre, est censé s'insérer.
Le Premier ministre Netanyahou a déclaré que Gaza ne représentait plus une menace pour Israël grâce à la présence de Tsahal dans « une nouvelle zone de sécurité », en réitérant qu'aucune reconstruction ne pourrait démarrer sans désarmement préalable. Cette position lie explicitement reconstruction et désarmement, deux leviers que les médiateurs cherchent précisément à dissocier pour débloquer la transition.
La feuille de route des quinze points présentée par Mladenov et les États garants reconnaît le NCAG comme « la seule autorité de transition légitime » et exige que le Hamas cesse toute activité militaire, policière et administrative selon le principe « une autorité, une loi, une arme ». La dissolution annoncée lundi répond formellement à l'exigence civile et administrative. Elle ne touche pas à l'armement.
Le porte-parole du Hamas Hazem Qassem avait affirmé le mois dernier qu'il n'y aurait « aucun recul » dans le transfert des responsabilités administratives au NCAG. Le Hamas a tenu cet engagement. Sur le désarmement, en revanche, aucun engagement comparable n'a été pris publiquement.


