
La Slovénie bloque la condamnation par l'UE des constructions israéliennes dans la zone E1
Attendue comme une condamnation unanime des 27 États membres de l'Union européenne, la réaction européenne au projet de construction israélien en zone E1 s'est réduite, le 23 août 2026, à une déclaration personnelle de la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas. La raison : Ljubljana a refusé de s'associer au texte collectif. Ce coup de frein slovène illustre un basculement géopolitique rapide qui redistribue les équilibres au sein de l'UE sur le dossier israélien, au moment précis où Israël franchit une étape décisive dans la mise en œuvre du corridor E1.
E1 : pourquoi ce couloir de 12 kilomètres cristallise tout
Le ministère israélien du Logement a lancé un appel d'offres portant sur plus de 1 200 logements dans la zone E1, secteur de Judée situé entre Jérusalem-Est et l'implantation de Ma'ale Adumim. L'enjeu territorial est précis : ce couloir relie Jérusalem à un bloc d'implantations existant plus à l'est. Ses critiques soutiennent qu'il diviserait la Judée-Samarie en deux parties nord et sud, rendant impossible la continuité territoriale d'un État palestinien.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich ne conteste pas cette lecture. Il affirme que la construction en E1 « enterre l'idée d'un État palestinien ». Les offres des entrepreneurs sont attendues une semaine avant les élections israéliennes de fin octobre, ce qui ancre le projet dans une séquence politique interne forte.
Selon Kallas, les 1 200 logements prévus sont « illégaux » et risquent d'isoler Jérusalem-Est du reste de la Judée-Samarie. Ursula von der Leyen, l'Allemagne, l'Autriche, le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie ont eux aussi condamné le projet dans une déclaration commune.
Le pivot slovène, fait en quelques semaines
Jusqu'au printemps 2026, la Slovénie figurait parmi les membres de l'UE les plus hostiles à Israël. L'ancien gouvernement avait reconnu un État palestinien, imposé un embargo sur les armes, banni les importations en provenance des implantations de Judée-Samarie et déclaré le Premier ministre Benyamin Netanyahou persona non grata sur son territoire. Aussi récemment que le 22 mai 2026, ce même gouvernement soutenait encore une déclaration critique sur le dossier E1.
Le nouveau gouvernement de Janez Janša, entré en fonctions en juin 2026, a renversé l'ensemble de ces mesures en quelques semaines. Selon Ynet, Janša a conduit des entretiens téléphoniques avec son homologue israélien et ses partenaires tchèques avant le vote sur la déclaration, ce qui a produit deux effets : le blocage du texte collectif, et l'insertion dans la déclaration finale de Kallas d'un passage sur les efforts israéliens pour poursuivre des résidents d'implantations impliqués dans des violences, une formulation absente du brouillon initial de l'UE. La République tchèque s'est jointe aux objections slovènes.
Ljubljana a justifié sa position par l'absence de « valeur ajoutée » d'une nouvelle déclaration collective, le Conseil européen s'étant déjà exprimé en juin sur ce dossier. La présidente slovène Nataša Pirc Musar a publiquement contesté cette décision, estimant que son pays aurait dû soutenir le texte commun.
Des signes supplémentaires du pivot sont documentés : Israël s'apprête à ouvrir une ambassade en Slovénie lors d'une visite du ministre Gideon Sa'ar prévue le mois prochain. Janša a par ailleurs proposé de transférer l'ambassade slovène en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem et de geler la reconnaissance de l'État palestinien, deux positions qui tranchent avec le consensus européen.

